(Je dédie cet article à un grand
Maître français : Jean-Pierre Vallarino)
Qui n’a pas rêvé d’avoir un Maître, un vrai!
De le suivre pas à pas pour s’épanouir dans la voie qu’il a tracé devant nous.
Je pense, qu’à n’importe quelle étape de notre vie artistique, à n’importe
quelle période de notre carrière, notre envie d’aller plus loin, notre
ambition d’aller plus profondément dans l’Art, nous pousse à trouver un guide,
un Maître, à l’accompagner et à le garder le plus longtemps possible auprès de
nous. Et si un jour la vie nous l’enlève prématurément, alors croyez-moi, nous
nous sentirons profondément orphelin et le temps n’y pourra rien changer car
le vide qu’il aura laissé dans notre vie ne se remplira jamais plus.
Comment choisir son Maître? Comment le trouver? Comment le reconnaître? Les
mots sont inutiles pour trouver des réponses à ces questions. Il faut laisser
parler son cœur. Tout n’est qu’une question de sensation, de sincérité, de
compréhension mutuelle et surtout d’amour. On ne choisit pas son Maître, on
devient naturellement son disciple ni plus, ni moins.
Parfois, l’un d’entre nous est considéré comme un Maître
par ses pairs sans qu’il en ai lui même la volonté. Faut-il accepter cette
appellation, cette décision des autres? Pourquoi pas? L’admiration se trouve
dans le regard de celui qui regarde et de toute manière, il serait
présomptueux de s’intituler « Maître » soi-même. Par contre, si ce sont les
autres qui le disent... Alors, où est le mal? Les vrais Maîtres - à ne pas
confondre avec ces « soi-disant » gourous qui s’entourent de leurs élèves pour
être le centre d’attention de leur petit monde et qui ne désirent qu’une
chose, faire une copie conforme d’eux-mêmes au lieu de développer la vraie
personnalité de leurs élèves - je disais donc, que les vrais Maîtres sont
rares. En appartenant à l’Ecole Magique de Madrid, j’ai la grande chance d’en
connaître et d’en côtoyer quelques-uns (quel privilège!) et parfois, lorsque
je les observe discrètement, je me surprends à penser que, eux aussi,
lorsqu’ils se retrouvent seul face à leurs pensées doivent soudain trouver
leur solitude lourde à porter. Finalement, leur unique alternative est alors
de s’entourer de leurs « fils » ou de leurs « frères » afin qu’ils ne soient
pas trop seuls. Mais même, à ce moment-là, j’ai la certitude qu’ils aimeraient
avoir à leur côté ce père spirituel qui n’est plus là.
Je reste persuadé qu’un Maître est un père spirituel qui
nous élève tant bien que mal afin qu’un jour nous puissions voler de nos
propres ailes. Et cet envol n’est pas simplement un envol artistique mais bien
un envol à dimension humaine. L’initiation d’une vie, de toute une vie au
travers de l’Art que nous avons choisi de pratiquer pour exprimer qui nous
sommes afin de nous réaliser. Notre Art et notre vie se réunissant pour ne
faire alors plus qu’un.
En Orient, on considère que toute connaissance consiste en
l’initiation du disciple par un Maître, particulièrement en ce qui concerne la
connaissance de soi, qui est exprimée comme la connaissance essentielle et
ultime. L’Art que nous pratiquons n’est qu’une manière d’explorer plus
profondément notre personnalité profonde. D’aller plus loin dans la
connaissance de notre âme, de notre esprit, de notre corps. Finalement l’Art
n’est qu’un prétexte à nous accomplir, à nous trouver une raison d’être, une
raison d’exister. Je crois que lorsqu’on s’arrête sur sa vie et que l’on jette
un coup d’oeil en arrière, on se rend compte que plus le temps passe, plus la
vie semble s’accélérer. Nous ne sommes que des voyageurs momentanés du temps
et la vie est une école difficile qui nous apprend que nous ne savons pas
grand chose sur elle-même. Toutes les questions sur son sens ce sont déjà
posées, mais qui d’entre nous à trouvé une réponse satisfaisante? L’être
humain imparfait que nous sommes se rend compte que la vie est courte, trop
courte pour accomplir tout ce dont nous désirons. Trop courte pour étudier
notre Art tel que nous voudrions l’étudier. C’est en prenant conscience de
cette course contre la montre, que nous multiplions nos efforts afin de nous
rapprocher de cette quête impossible qui est de dominer les techniques
artistiques pour mieux dominer notre vie. Les dominer pour encore mieux
exister! Et certains d’entres nous y arrivent avec plus ou moins de talent.
Notre quête de popularité, de connaissance, n’est-elle pas
simplement une envie de devenir immortel? L’irrésistible envie que notre nom
reste gravé dans l’histoire malgré le temps? Nos Maîtres ne sont-ils pas ceux
qui ont voulu ou veulent transmettre leurs connaissances afin qu’au travers de
celles-ci, ils vivent encore et toujours? Le Maître n’est-il pas celui qui
existe au travers de ses disciples? Roberto Giobbi, Aurelio Paviatto et les
autres fils spirituels d’Arturo de Ascanio ne sont-ils pas la continuité d’une
forme de penser, d’une forme de pratiquer qui n’est autre que celle de Arturo?
Le Maître est Maître parce qu’il a transmis son savoir avec amour et sincérité
à ses disciples afin qu’à travers eux, cette nouvelle génération puissent
répéter dans le temps la même démarche artistique. Le disciple n’est disciple
que parce qu’il accepte totalement cet héritage. Qui me contredira lorsque je
dis que notre rôle à nous, disciple, est de perpétuer une tradition qui n’est
autre qu’un effort à rendre immortel notre Maître?
Le vrai Maître est celui qui se donne généreusement à ses
disciples, celui qui ne garde rien pour lui. Bien entendu, ses disciples, il
les choisis avec précaution, avec « sensation ». Il doit « sentir » qu’ils
sont aptes à recevoir ce qu’il a à leur offrir. En fait, il leur permet de
défricher le terrain de l’expérience et de la connaissance pour le rendre plus
accessible, plus rapide, plus profond. Sa véritable voie est le don de soi
afin que ses disciples puissent aller beaucoup plus loin que lui. Ce qui est
normal puisque ayant commencé leurs chemins de travail à un point plus avancé
que le point où leur Maître a lui même débuté, ils devraient en toute logique
le dépasser. C’est ce qui devrait normalement arriver mais c’est ce qui
n’arrive pas toujours.
A l’époque des samouraïs, il était d’usage de recevoir le
nom d’un Maître en lui succédant. Dans le milieu des guerriers, cette coutume
facilitait bien sûr le maintien de l’école à laquelle ils appartenaient mais,
surtout, elle correspondait à la croyance que la personne physique et
spirituelle de celui dont quelqu’un recevait le nom revivait en lui. Ne
serait-ce pas une belle idée d’ajouter à notre nom celui de notre Maître?
Soyez heureux et surtout profitez de chaque instant passé
en compagnie de votre Maître car ce temps-là est inestimable!
Carlos Vaquera
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