"J'ai fait disparaître une Mercedes
pour la faire réapparaître dans un Boeing"
 
Ciné Télé Revue - 08/99
Rubrique de Michel Detandt, Yves Hobin et Domique Maréchal
Animateur de l'émission Pour la Gloire, Carlos Vaquera possède une autre grande passion : la magie. Directeur d'une société d'événements, No Limits, il met même son art au service de la publicité. Lancôme, Chaudfontaine, Perrier, Mercedes... ont bénéficié de ses talents d'illusionniste pour promouvoir leurs produits. Pour tous ceux qui sont intéressés par son parcours -ou qui voudraient, eux-aussi, développer ce marché intéressant- , l'artiste publie Les maîtres du temps promotionnel (Olivier Éditeur), dans lequel il dévoile toutes ses techniques d'animations promotionnelles et de prospection, ainsi que sa manière de vendre. Un livre qui a l'originalité de faire découvrir un créneau très méconnu.
Avec votre travail de magicien, vous dévoilez une facette assez peu connue de vous.

Et pourtant, c'est mon véritable métier. Cela fait quinze ans que je fais de l'animation promotionnelle. Cette activité est assez popularisée aux États-Unis, mais en Belgique, j'ai été le premier professionnel à vivre exclusivement de la magie rapprochée. J'ai décroché un contrat pour Minolta, dont le slogan était "Minolta works like magic" (Minolta travaille comme par magie). Cette société d'appareils photo cherchait un magicien multilingue. Je n'avais quasiment aucune notion d'anglais, mais j'ai prétendu être bilingue et on m'a engagé. Comme ma copine était moitié américaine, moitié française, elle m'a traduit tous les textes, et personne ne s'est rendu compte que je ne dominais pas la langue. Le métier est venu naturellement à moi, comme par hasard.

Vous aviez tout de même des prédispositions pour la magie.

J'en faisais de puis quatre ans seulement. J'ai commencé à 117-18 ans, mais, depuis tout petit, j'ai toujours aimé le merveilleux et le fantastique. Cela pourrait être génétique aussi, car mon oncle, bien qu'il fût au départ simple travailleur dans une mine en Espagne, a réussi à se tailler une réputation de magicien internationale. Je ne l'ai pourtant rencontré que des années après m'être intéressé à cette activité. C'était un grand mafioso et je me suis dit: "C'est chouette, la famille!" (Rires)

Bien que cela soit relativement ignoré en nos frontière, vous avez aussi acquis une réputation internationale.

J'ai gagné des prix internationaux à Las Vegas, à Nashville, à Londres ... J'ai été l'un des rares magiciens européens à travailler à la BBC, au "Paul Daniels Magic Show". Je me suis produit au Japon, en Argentine, et ce mois-ci, j e pars au Groenland. La magie est un extraordinaire passeport pour l'amitié.

Vous décrivez quelques prestidigitations spectaculaires. Aimez-vous les grands shows?

Non. Quand j'en ai fait, c'est parce qu'une société m'a contacté et qu'elle avait des moyens. Comme lorsque j'ai dû faire disparaître une Mercedes, puis la faire réapparaître dans un Boeing sous les yeux de 24.000 personnes! En général, je n'aime pas trop la grande illusion, parce que j'ai besoin d'avoir une logique. Souvent, ces spectacles relèvent plus d'un casse-tête ou d'un puzzle, au détriment d'une atmosphère magique. Quand on enferme dans une caisse une femme sexy et souriante, en sachant le sort qui l'attend, et qu'on la coupe en plusieurs morceaux, il n'y a pas de logique. Je préfère la magie soit de proximité, soit visuelle, mais qui crée une émotion. Allez écouter le plus grand pianiste du monde, capable de prouesses techniques incroyables, ne m'intéresse pas si sa performance est froide. Et puis, popularité ne veut pas toujours dire efficacité. Tout le monde connaît David Copperfied, mais il existe des magiciens beaucoup plus talentueux et inconnus.

Vous vous gardez de révéler vos trucs de magie. Il sont top secret?

Je ne les dévoile peut-être pas, mais je partage quinze années d'expérience. Si, à l'époque, j'avais lu ce livre, qu'est-ce que j'aurais gagné comme temps! (Rires) Comme je ne m'adresse pas seulement aux magiciens, mais aussi aux hommes de communication, de publicité ou de marketing, je n'avais pas envie de dévoiler des trucs. devant des passionnés et des professionnels, je les explique volontiers, du moins presque tous. Car j'ai toujours envie d'en garder quelques-uns rien que pour moi.

Dans votre ouvrage, vous insistez beaucoup sur l'humilité.

C'est primordial. Il est normal, tôt ou tard, dans une carrière médiatique, d'attraper la grosse tête. Ca m'est d'ailleurs arrivé quand je suis passé professionnel. J'avais vraiment l'impression d'être dans un autre monde, mais, fort heureusement, mes vrais amis m'ont vite remis à ma place. Tous les grands que j'ai rencontrés avaient un humilité extraordinaire. Mais plus on prend de l'importance dans un domaine particulier, plus on essaie de vous descendre. A ce point de vue, je suis très heureux d'être en Belgique car il n'y a pas de vedettariat comme en France.

Ca ne vous gêne pas de vous servir de la magie pour vendre?

Non, parce que je ne fais pas la promotion de tout et n'importe quoi. Peut-on tout vendre? Moi, je dois croire au produit. Même pour une poudre à lessiver. Si je suis convaincu de son efficacité, pourquoi pas? J'ai déjà fait de la pub pour des tapis, mais je me verrais pas promouvoir un parti politique dont  je ne partagerais pas les convictions, ou vanter les mérites d'une arme automatique. A partir du moment où j'ai un briefing d'une société et que je ressens que le produit est positif, qu'il peut faire du bien ou aider les gens, je n'ai pas de scrupule. Je prends même un certain plaisir à trouver des idées créatives qui transmettront un message de manière originale.

Vous venez de monter un one-man-show, "Démons et merveilles". De quoi s'agît-il?

J'ai déjà fait une première et, comme tout s'est bien passé, je suis en train de retravailler le spectacle pour la rentrée. Écriture, travail d'interprétation, mise en scène .... Je me suis chargé de presque tout. Il y a du rire, du sourire et des moments d'émotion. Ce show se veut convivial. J'utilise le mime, l'illusion et une sorte de théâtralité, car je joue différents personnages. Il y a aussi de la poésie, du surréalisme, des jeux de mots, des moments interactifs où les spectateurs montent sur scène avec moi ... Au bout du compte, les gens oublient leurs maux de dos, les facture à payer et les soucis de la vie quotidienne. C'est ça la vraie magie!

 

« Your illusions are my reality » - www.carlosvaquera.com