Œuvrer dans le domaine artistique était plutôt une
gageure pour ce cancre timide que ses yeux bigleux et ses grosses
lunettes transformaient en bouc émissaire tout désigné pour ses
condisciples. Par son cheminement, il a voulu se prouver qu’à force de
travail et d’acharnement, il n’y avait rien d’impossible, même pour un
rêveur qui avait plus tendance à frayer avec les radiateurs du fond de
la classe qu’avec les premiers prix scolaires.
De la bande dessinée à la sculpture en passant par la
réalisation audiovisuelle, la peinture, l’écriture de scénarios et de
paroles de chansons, la création de logos et d’images d’entreprise, ou
la conception en événements, Patryck de Froidmont ne peut s’empêcher
d’explorer des domaines de création tant nombreux que variés.
Pour lui,
peu importe le support, l’important est de raconter une histoire.
Tout petit déjà !
Et les histoires, il les aime depuis très longtemps.
Tout petiot, vainquant une timidité maladive, il va à la rencontre d’un
sympathique crayon de couleur et, d’un coup, dessine sa première bande
dessinée sauvagement intitulée La Revanche de Foutcha (Il n’a jamais
fait mieux depuis, diront plus tard les mauvaises langues)
Autre
passion symptomatiquement apparue dès le plus jeune âge du
turbulent sujet: celle des super-héros en général, et de Batman en
particulier. Adolescent, avec la ferme volonté d’imiter en tout son
héros de comic-strip préféré, il décide de “sauver l’humanité” ...
A la tombée de la nuit, il se balade sur les toits du voisinage,
dûment équipé d’une panoplie masque - gants - cape du plus joli
noir... Mais le Bruxelles des années 60 n’est pas Gotham City, et les
policiers qui le prirent pour un voleur n’avaient sans doute pas lu la
série...
Fin
des années 70, il entame sa sinueuse carrière par le biais du 7e
art, en participant comme décorateur, comédien, puis réalisateur, à
diverses productions cinématographiques.
Une
association de choc !
En parallèle, il dessine, dessine et dessine
encore. Son chemin croise alors celui d’un autre féru du crayon,
Jean-Louis Boccar. De cette sulfureuse rencontre vont naître
dix ans de collaborations effrénées.
De la BD et des clips ...
Et
très vite cette association porte ses fruits, avec la parution de la
série Dinguement Vôtre dans Spirou. De
petites aventures cocasses mettent en scène deux
personnages farfelus ...qui ressemblent étrangement à leurs
auteurs.
En 82 sort Nos Premiers Pas leur
premier album de bande dessinée, une compilation d’histoires courtes
et d’illustrations, éditée par le Club Jeunesse du Crédit communal. A
la même période la série Le P’tit Quartier De Mont-en-Fance
débute dans le Soir Illustré.
En
parallèle, Patryck de Froidmont collabore comme scénariste à la
série Victor Vitesse, dessinée par Peter Pluut, pour les
magazines Métal Hurlant et Rigolo (éditions des Humanoïdes associés)
Dans
la trépidante Belgique des années 80, la société audio-visuelle
Dream Factory s’est acquise une réputation internationale de
qualité pour la création de clips-vidéo. Sous la direction du cinéaste
Jean-Pierre Berckmans, Patryck et Jean-Louis vont participer, à des
postes divers, à la réalisation d’une cinquantaine de clips.
(Notamment pour Dire Strait, Richard Gotainer, Heaven17, Alain
Bashung, Daniel Balavoine, Bandoléro,...)
Gaëll : L'anamour
Gaëll : Roméo et Juliette
Pochette : J-L Boccar et Patryck de Froidmont
Forts
de cette expérience, ils seront choisis par Plastic Bertrand, alors au
faîte de sagloire, pour
réaliser le générique-façon dessin animé de son émission Supercool
(RTBF) Un look aux couleurs acidulées, dont l’exotisme fleure bon les
“eighties”. Toujours pour Plastic Bertrand, ils
réaliseront ensuite le clip de son disque “Le Chat”. Un concept très
“Mary Popinesque” qui voit évoluer le chanteur au milieu d’un décor de
dessin animé, inspiré du célèbre “Chat” américain de Kliban.
Le
temps des Indiens ...
D’une péripétie à l’autre, le duo de
Froidmont-Boccar est devenu Les Indiens. Un surnom dû, d’une
part, au look décapant qu’ils abordent fièrement comme une profession
de foi. Des vêtements de facture originale, généralement “hand
made-by semself”, aux couleurs percutantes, avec souvent, en petite
touche finale, une chaussure différente à chaque pied... Et,
d’autre part, sans doute aussi aux idées farfelues, à l’humour débridé
et à la bonne humeur inaltérable dont ils saupoudrent allégrement
toutes leurs créations. Noctambules infatigables, Les Indiens
font les belles heures des soirées bruxellos-mondaines.
1984
voit la sortie du deuxième album du pétulant tandem Le Triangle
Ombilical paru aux Éditions du Miroir. Cette parution fut associée
à une première mondiale : la création d’un BD-clip de
promotion. L’intrigue est une enquête policière, menée dans les
milieux belges de la mode. Le style se veut très “cinéma” : les cases
ressortent sur fond noir, le titre n’apparaît qu’après quelques pages
de lancement de l’intrigue, et les auteurs font une apparition très
“Hitchcockienne” dans l’histoire, un générique final ponctue le fin du
livre.
Entre
diverses collaborations en publicité et d’autres parutions ponctuelles
en BD, il concoctent leurs troisième album.
Musk paraîtra aux Editions Armonia en 1986.
Une saga futuriste dans l’univers des parfums disparus. Cette fois
encore ils font de cette sortie un événement
original.
Ils créent (et oui c’est encore une première
mondiale) la musique originale de la B.D. Le disque
Looking For the Musk, chanté par
Les Indians permet une promotion du livre via les émissions.... de
musiques (il fallait y penser !)
Indians : Looking for the Musk
Indians : Looking for the Musk (instrumental)
Soirée de lancement, au Mirano, pour la sortie de l'album
bédé Musk de Jean-Louis Boccar et Patryck de Froidmont, ainsi que de
leur disque Looking for the Musk (Bande originale de la bande dessinée,
interprété par leur groupe Indian's).
En 1988, tout en continuant à collaborer pour divers
jobs en publicité, Les Indiens décident de reprendre leurs
identités respectives et de continuer leur parcours en solo.
En
1989 Patryck de Froidmont invente le personnage de Bêteman, une
parodie “à la belge” du super héros américain Batman qui faisait cette
année-là son apparition sur les écrans des salles obscures. Conçu au
début comme un “coup de fun entre copains”, Bêteman, anti-héro
ringard, bedonnant, pantouflard et maladroit rencontre très vite
l’enthousiasme du public. Patryck
crée alors un costume -cape, masque, gants et ventre rebondi-, et hop,
Bêteman existe alors en chair et en os... surtout en chair
d’ailleurs. Promenant ses bêtises et son franc-parler bruxellois dans
les événements branchés de la capitale, le personnage devient vite la
mascotte des noctambules avertis, entraînant une série de
développements commerciaux (disques, tee-shirts, autocollants,
claps-vidéos...) C’est alors que, coup de tonnerre : Batman prend
ombrage des facéties de son petit cousin de Belgique. La mega société
D.C.Comics de New-York attaque en justice Patryck de Froidmont de
Woluwe-Saint-Lambert ...! Le procès durera trois ans, mais pas de
chance pour les américains : Bêteman est une parodie et rien de plus,
ni un plagiat, ni un piratage ! Les poursuites sont donc sans objet :
et PLOUF, elles tombent à l’eau! Bêteman gagne par forfait avec en
prime une très belle publicité médiatique, les journalistes s’étant
évidement abondamment emparés de cette histoire cocasse. Merci Batman
!
Mais Bêteman c’est avant tout un héros sur papier, il poursuit depuis
lors son petit bonhomme de chemin avec des parutions dans plusieurs
médias, traditionnels ou électroniques... dont
www.beteman.com
!
Patryck de Froidmont l’avoue sans rougir, il a
toujours adoré montrer sa binette-à-lunettes un peu partout. C’est donc
sans hésitation aucune qu’il chausse par intermittence la casquette de
“modèle people” (ceux qui sont plus “tronche” que “top”) pour s’allonger
avec bonheur entre les pages glacées des magazines. Jouant à l’homme-objet,
il utilise son faciès modulable pour se plonger dans les rôles de
personnages les plus divers, du James Bond en smoking, au punk déjanté
en passant par le bon père de famille, il aime être mangé à toute les
sauces.
D’un Duo à l'Autre
En
1990 Patryck fait un autre rencontre : Cécil. Coup de bol, elle est
(entre autre) styliste, et les couleurs vives, elle adore. Pendant 18
ans, ils
mélangent leurs délires créatifs 24h/24 et le couple subit, avec
bonheur, le terrorisme vestimentaire de Cécil, vivant plus qu’en
coordonné masculin/féminin et veillant soigneusement à écumer le plus de
soirées costumées possible. Envie de les découvrir transformés en
vaches mondaines ou en enveloppes par avions? Rendez-vous sur
la page : Cécil, terrorisme vestimentaire.
Ils se séparent en 2008, tout en restant les meilleurs amis du monde.
Même
si cette partie de son travail est moins médiatique, le “fond de
commerce” de P. de F. à toujours été son crayon. Dessinateur dès la
première heure, il est surtout actif comme illustrateur pour
divers magazines, concepteur de logos et créateur de
mascottes, des petits personnages symbolisant des marques ou des produits.
Patryck
de Froidmont a un vice (non pas de forme, ni de fabrication
- quoi que) plutôt une obsession (Ah! enfin du salace se diront certains): il ne sait rien
jeter et voue un amour immodéré aux objets, si simples soient-ils. Bref,
au fil des années, son appartement-atelier-laboratoire, déjà pas mal
louf-dingue par la décoration, (mais ça on vous en parle plus loin)
s’est sauvagement transformé en capharnaüm-musée-du-brol.
Entassant les objets les plus dingos, des anciens téléphones, aux
bouteilles deshampoings vides, en passant par les jouets cassés trouvés sur les
poubelles ou les vieux cadres achetés aux puces... il commence à avoir
une très belle collection hétéroclite. Commençant à les assembler il va
donner naissance aux Métaphores Sculpturales, des compositions
colorées, anecdotiques ou humoristiques qui redonnent vie aux objets de
tous les jours en les accolant, soudant, fixant, pour en faire naître de
nouvelles formes abstraites ou figuratives, d’étonnants tableaux en
relief comme cette ampoule en poule. Patryck s’attaque depuis
quelques années à l’expérimentation de
nouvelles matières dans un domaine nettement plus pictural : Les
Paraboles
Picturales.